Le vert en ligne rouge
Pandémie, catastrophes: changer de comportement, mais comment ?
Le débat Modernité On/Off , initialement annoncé début novembre, est reprogrammé au Théâtre du Rond-Point début 2010.
Philippe Lemoine, président du Forum d'Action Modernités, pose les premières pistes de réflexion sur le sujet:
Ce thème difficile rejoint l’interrogation développée par Anthony Giddens dans son dernier livre « The politics of climate change » : pourquoi des gens continuent de rouler en 4X4 en ville, alors qu’ils n’ont pas pu ne pas entendre parler des enjeux du changement climatique ? Plusieurs questions en découlent :
- Pourquoi les pronostics scientifiques ne sont-ils pas pris plus au sérieux ? Est-ce qu’il en va toujours ainsi ou est-ce lié à la nature même des expertises scientifiques en cause, du type de savoir transdisciplinaire à la base des analyses sur les risques majeurs ?
- Qu’est-ce qui fait que nous trainons les pieds, dès lors qu’on nous demande d’agir au nom du long-terme ? Est-ce le même réflexe individualiste qui fait qu’un jeune reste indifférent au slogan « fumer tue », si c’est une menace dans trois ou quatre décennies ? Ou est-ce lié au type de dépréciation de l’avenir comme horizon de l’action collective que nous connaissons depuis les années 70 ?
- Qu’en est-il de la question de la visibilité ou de l’invisibilité des enjeux comme frein à la mobilisation ? Est-ce l’abstraction qui rend difficile les prises de conscience, puisqu’avec le changement climatique on se situe au niveau du globe et à l’horizon 2050 ? Ou est-ce au contraire l’avalanche de « visuels », avec des films de sensibilisation-vulgarisation comme ceux d’Al Gore ou de Yann Arthus-Bertrand ?
Derrière ces questions, un problème posé est celui du devenir de l’écologie politique. La nouveauté des questions, l’ampleur des menaces, la nature des leviers d’action (traités internationaux, taxes etc…) interpellent tous les acteurs du marché, les Etats, les super-puissances. Les enjeux ne sont-ils pas devenus trop sérieux pour être laissés aux écolos ? Mais en même temps, on peut douter que quoi que ce soit se fasse s’il n’y a pas plus de mobilisation collective. Celle-ci peut-elle émerger sans disruption, sans redistribution des cartes, sans une reformulation des idées et des forces que l’écologie avait jusqu’ici su porter ?
Copenhague: les temps changent
Analyse à chaud d'Erwan Lecoeur, sociologue consultant, et membre du groupe de travail Société du Forum
Les temps, comme les climats, changent. Et s’il est notable que les comportements de nos contemporains n’ont pas évolué radicalement en quelques années, l’opinion publique montre néanmoins une réelle prise de conscience sur les enjeux environnementaux. Sondages et mesure des préoccupations le montrent, entrainant à la fois mesures politiques, déclarations de principe et velléités de Green business. C’est aussi cette ambiance, cette évolution, qui a permis que Copenhague devienne un tel événement. Ce nom résonne dans les médias, parce qu’il correspond à un tournant dans la façon dont se pose la question de la préservation de la planète, et ce quel que soit la façon dont on évaluera les résultats de la convention de l’ONU.
Pour tous ceux qui se préoccupent de l’évolution de la planète, écologistes impliqués dans des associations, élus, militants, ou responsables d’ONG, Copenhague marque, au fond, le point d’orgue de la montée en puissance des thèmes écologistes dans les esprits et dans l’agenda scientifique, médiatique, puis politique. En France, on a vu comment cette attention nouvelle a produit des effets électoraux pour des écologistes capables de se faire entendre. Après une suite de déconfitures électorales (amorcée au milieu des années 90 et jusqu’en 2007), la concurrence du Pacte de Nicolas Hulot (2006) et la mise en place de l’OPA “Grenelle de l’environnement” (fin 2007), ils ont vu leurs efforts de rassemblement couronnés de succès, aux Européennes de 2009. Les Verts, aujourd’hui passés sous le drapeau du Rassemblement Europe écologie, aux côtés de nouveaux-venus en politique, ont connu un renouveau inespéré il y a encore moins de trois ans. L’opinion leur a témoigné une confiance nouvelle. En cette fin 2009, Copenhague clôt cette période de montée des préoccupations environnementales ; à quelques jours de Noël, la ville est aussi devenu le lieu où ces porteurs de solutions nouvelles se sont donné rendez-vous pour pousser leur avantage vis-à-vis de l’opinion, clamant que, face à l’urgence climatique, c’est « Copenhague, ou jamais ! »
GreenFlex, première société de services en développement durable
Interview de Dominique Royet, directrice associée de GreenFlex
Comment est née l’idée de Greenflex ?
Greenflex est né d’une rencontre entre l'équipe d'Altadev : Jérôme Soistier et moi-même et Frédéric Rodriguez qui a créé depuis 16 ans des entreprises offrant des solutions flexibles de financement informatique. Convaincu qu’une demande existait sur le marché, il souhaitant proposer une offre plus durable, conforme à ses convictions personnelles.Ensemble, nous avons identifié l’intérêt d’allier nos idées et nos compétences pour concevoir une offre complète d’accompagnement de l’entreprise en développement durable.
Quel est le concept de Greenflex ?
Greenflex est parti du constat que l’entreprise est souvent confrontée, une fois la stratégie définie, à la difficulté de mettre en œuvre cette stratégie de façon concrète : elle freine souvent devant les investissements à faire ainsi que devant le manque d’information sur des solutions opérationnelles.
Greenflex permet cette mise en application concrète du développement durable dans l’entreprise en proposant d’accompagner l’entreprise sur toutes les phases de changement ‘responsable’ : de la première phase de conseil à celle de la mise en place du changement et de son pilotage en passant par le choix de produits ‘écologiques’ choisis dans un catalogue que nous avons établi et que nous gérons.
Quels sont les arguments de Greenflex pour convaincre l’entreprise d’aller au bout de son engagement DD ?
Nous proposons à l’entreprise cliente un ‘Contrat Cadre à Impact Neutre’ : c’est à dire que nous nous engageons sur les résultats du plan de changement mis en œuvre.
Pour nous, la durabilité de l’entreprise doit passer par un engagement de performance et non par un engagement de coûts supplémentaires : chaque dépense doit être compensée par un gain.
Ainsi, nous nous engageons avec l’entreprise dans un plan, et l’entreprise est facturée sur la constatation réelle de performance.
A titre d’exemple, lorsque l’on sait que 80% des serveurs sont utilisés à 20% de leurs capacités, il est aisé d’imaginer que l’on peut rationaliser ces dépenses inutiles. On peut ainsi remplacer quatre serveurs par un seul seulement en organisant mieux le parc informatique. Ce type d’optimisation peut être réalisé sur de nombreux segments de l’entreprise.
Comment concrétisez-vous cela dans l’activité de Greenflex ? Nous accompagnons l’entreprise dans le changement sur quatre postes de dépenses énergétiques stratégiques :
- Le Green Office qui concerne l’aménagement des locaux de l’entreprise tant sur l’ameublement que sur les matériaux du bâtiment : isolation, moquettes, éclairage, chauffage etc.
- L’Eco-mobilité de l’entreprise : parc de voitures, de vélos, les plans de déplacement en entreprises
- Le Green Logistics
- Les Green IT :
- Le travail à domicile
Quels sont vos engagements en termes de développement durable ?
Nous mettons en place un catalogue de produits et solutions classés en fonction de leurs performances écologiques. Nous garantissons donc l’accès aux produits et solutions les plus «green » du marché. Nos experts ont développé une méthodologie propre à Greenflex pour établir un cahier des charges de la conception des produits à leur fin de vie, en passant par l'utilisation qu'on en fait : il permet d’établir un benchmark et de recommander les meilleurs produits du marché à la fois en termes écologiques mais également en termes de performances.
Nous pouvons ainsi certifier les produits qui sont conformes aux exigences de notre cahier des charges.
Je tiens à insister sur le fait que si nous sommes capables de garantir que les produits proposés sont les plus ‘green’, nous sommes absolument indépendants et nous ne touchons aucune rétribution sur les produits préconisés.
Quels sont vos objectifs aujourd’hui ?
Aujourd’hui, Greenflex est une entreprise qui couvre tous les besoins de l’entreprise en termes de développement durable sur ses trois aspects : environnemental, social et sociétal, au travers du conseil à l’entreprise et des services qu’elle propose.
Notre objectif est de convaincre l’entreprise que le développement durable est facteur de performance et non de contraintes : un bon éclairage dans une entreprise peut représenter jusqu’à 80% d’économies d’énergie. Il y a vraiment des choses à faire ! Nous avons envie d’être un acteur pour le monde de demain, d’être acteur du changement !
Signature de l'appel "Des femmes pour la planète"
Interview d'Alice Audouin, bloggeuse, auteur d'Ecolocash, présidente de COAL, et responsable en développement durable dans une entreprise
Qu'est-ce qui a donné l'élan à cette initiative ?
L’envie de nous mobiliser ensemble sans que cela ait à voir avec un quelconque féminisme. L’envie que cela n’ait rien à voir non plus avec la politique, les clans, les concurrences. Se mettre un peu au dessus de la mêlée. Jouer une carte féminine pacifique. Jouer une carte solidaire. Le développement durable et la lutte contre le réchauffement climatique sont la base de nos métiers à toutes, les premières signataires, on travaille dedans toute la journée, nous nous connaissons toutes, l’élan vient avant tout de l’estime que nous nous portons. Nous sommes chacune en mer sur notre bateau, on a eu envie de faire une flotte. Plusieurs de ces bateaux ont des petits canots, je suis la seule à ne pas avoir d’enfants, donc ma présence est nécessaire, je démontre que la conscience environnementale ne dépend pas du fait d’être mère.
Quelle est la visée ?
Porter une envie, avant un discours. Pouvoir rassembler. Pouvoir échanger. La visée est sans prétention : donner sa liberté à ce mouvement et le faire gagner par l’enthousiasme qu’il suscite…aussi bien auprès des hommes que des femmes ! Bien sur nous avons des objectifs concernant la protection de l’environnement, nous voulons montrer notre détermination et notre ambition, mais nous sommes aussi dans l’envie de ne pas tout maîtriser et planifier, nous assumons un démarrage un peu informel, fondé avant tout sur les énergies personnelles des unes et des autres. Il faut savoir lancer des dés sans savoir à l’avance les chiffres qui vont s’afficher. Nous nous faisons confiance, nous savons que notre action est juste, car elle est conviviale et non dogmatique.
Ce réseau est exclusivement féminin : est-ce une volonté affichée ? Pourquoi ?
Le caractère féminin est un contexte de départ et nullement une posture. Si on relit ce qu’Ivan Illitch dit des femmes dans son chef d’œuvre « La convivialité », on a de quoi être très décontenancé. Il affirme que les femmes représentent une chance pour l’humanité du fait qu’elles échouent à réussir dans le monde des hommes ! Car elles échouent selon lui pour une bonne raison : leur lien à cycles longs naturels. Il y a du vrai là-dedans et cette idée termine d’ailleurs la dernière page de mon roman Ecolocash. Comment trouver son compte dans le monde actuel ? Impossible. Il est trop rivé à des dimensions matérielles et court-terme.
Ecologie : une question de genre ou de sensibilité ?
Ni l’un ni l’autre, c’est avant tout une question de neurones. Il ne faut pas être écologiste pour ouvrir les yeux sur le réchauffement climatique, il suffit de savoir lire des chiffres. La raison suffit, l’amour de la nature, la sensibilité, est un plus non indispensable à la prise de conscience et l’action. Les hommes souffrent beaucoup en ce moment. Certains sont comme en période de guerre, au front. Je pense aux climatologues victimes innocentes du scandaleux Climategate, cette histoire des e-mails piratés pour prouver fallacieusement des hésitations scientifiques en matière de réchauffement climatique. Ce sont des hommes blessés dans leur honnêteté qui souffrent avec toute leur sensibilité face à ‘injustice et la bêtise. Je pense à eux et notamment à Edouard Bard, notre éminent climatologue, au cœur de cette basse fournaise. Hommes ou femmes, peu importe, aujourd’hui, c’est le courage qui compte. Le courage d’avancer des réalités face à ceux qui ne veulent pas les voir, le courage de trouver des solutions, le courage de les rendre désirables. Que ce courage là soit porté par des êtres humains, hommes ou femmes c’est secondaire…mais je suis quand même fière qu’il y ait des femmes dans cette aventure. Nous montrons que nous avons du courage. Que nous n’avons pas peur. Mieux que cela encore, que nous le voulons.
Ecologie, ces catastrophes qui changèrent le monde
Virginie Linhart nous avait touchés avec son documentaire « 68, mes parents et moi ». Elle nous surprend cette fois-ci avec un film sur l’écologie. D’abord parce que c’est un registre sur lequel on ne l’attendait pas forcément, mais aussi, et surtout, parce qu’elle a réussi, au-delà de la dimension du visuel et d’images bouleversantes, une narration qui permet la reconstitution d’une histoire et donc du sens.
Ce documentaire est aussi le fruit de la rencontre de deux jeunes femmes : Alice le Roy, co-auteur, militante engagée dans la cause de l’environnement, et Virginie qui a une approche plus narrative et politologue des événements. Leur travail a consisté à créer un lien entre les différentes catastrophes écologiques, présentées souvent de façon segmentées, et à proposer une nouvelle grille de lecture.
Extraits de leur intervention qui a fait suite à la projection en avant-première organisée par le Forum le 30 novembre à l’Echangeur.
Virginie Linhart : J’ai été bercée dans la politique d’extrême gauche, dans l’idéologie révolutionnaire qui se contre foutait du bien être de la planète puisque la seule chose qui comptait c’était de nourrir ces gens sur la planète. Si je considérais jusqu’à encore récemment comme annexe le problème écologique, mon optique a totalement changé depuis le film. J’ai compris qu’il y avait un vrai combat qui était un enjeu social. Je pense qu’aujourd’hui, l’écologie est le vrai combat progressiste à mener.
L’objet « planète » en lui-même, l’écologie pour la beauté du geste, est une idée qui ne m’interpelle pas particulièrement. Ce qui m’intéresse fondamentalement ce sont les gens, d’analyser les catastrophes à travers l’histoire humaine, la grande Histoire, et la petite histoire, celle de ces gens qui subissent ces catastrophes. Ceux qui payent sont souvent les mêmes victimes (les pêcheurs pauvres de Minamata, les habitants de Bhopal qui vivent dans les bidonvilles à proximité de l’usine de Bhopal, les ouvriers de Tchernobyl, etc.).
L’important c’est l’interaction entre la planète et les personnes qui vivent dessus.
Alice Le Roy : Nous avons voulu raconter des luttes, des combats avec des personnes qui ont donné d’eux-mêmes, et c’est quelque chose qui est nié. On nous ramène à des éco gestes, à un « écologisme de caserne » comme disent certains auteurs (« Trie tes déchets », « Ne laisse pas couler le robinet », « Fais ci, fais ça »). Le grand péril, c’est l’amnésie ou la myopie, car ce qui est important c’est l’interdépendance de toutes ces questions.
Un des enseignements pour notre société à retirer de notre documentaire est d’écouter ces lanceurs d’alerte : aujourd’hui on redécouvre l’œuvre de Rachel Carson sur le risque chimique, mais, à l’époque, elle a reçu toutes sortes d’intimidations. De même pour le médecin qui travaillait à l’usine de Minamata et qui a alerté sa hiérarchie, mais qu’on a sommé de se taire sous peine d’être licencié.
En tant que personne engagée, citoyenne et mère de famille, je trouve très émancipateur de regarder ces luttes, de prendre conscience que l’on n’est pas seul face à ces problèmes qui se sont posés ailleurs… même si l’histoire ne se répète pas.
La planète nous porte ; nous sommes liés à des lieux où l’on vit et à des significations culturelles ; chaque individu entretient un rapport particulier mais on a aussi un rapport collectif à la terre qui nous nourrit.